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Dernier kilomètre : quoi de neuf au CES 2020 ?

Comme chaque année, le CES de Las Vegas est l’occasion de faire le point sur les dernières innovations et technologies.

350 entreprises françaises ont fait le déplacement cette année. Notons la présence comme chaque année de TwinsWheel, qui présentait son dernier modèle de droïde suiveur et recherche activement des clients pour déployer ces nouvelles technologies. Ce droide fait l’objet de tests dans différentes villes françaises, notamment à Montpellier.

La société française Wello a présenté son vélocargo solaire, fabriqué au Mans. Ce vélocargo est déjà utilisé par La Poste.

Les véhicules autonomes sont présents en nombre sur le salon. Notons la présence pour la première fois au CES des véhicules autonomes chinois UDI, qui ont une charge utile d’une tonne. Ce véhicule s’apparente en capacité à une fourgonnette, avec une longueur de 3 mètres.

Le groupe français Valeo a dévoilé en avant-première son véhicule de livraison électrique et autonome eDeliver4U. Ce véhicule a été développé en partenariat avec un e-marchand chinois spécialisé dans la livraison de repas. Valeo annonce, contrairement à TwinsWheel, que son objectif à court terme n’est pas de commercialiser ce véhicule mais de prouver l’efficacité de sa technologie, les caméras, lidars et capteurs. Ce véhicule, d’une longueur de 2,80 m, peut effectuer des tournées de livraison de 17 repas. La bonne nouvelle, mais avons-nous besoin d’un véhicule autonome pour cela ? C’est que nous redécouvrons les tournées de livraison pour livrer les repas. Cela semble plus pertinent et moins perturbant pour l’environnement urbain que de livrer des repas en scooter.

Autre modèle de véhicule innovant présenté sur le CES, le Master ZE à hydrogène, développé par la société française Symbio, en partenariat avec Renault. L’autonomie du Master ZE, qui n’était que de 100 km est alors de 350 km grâce au prolongateur d’autonomie à hydrogène. Symbio propose aussi d’autres véhicules, notamment le Kangoo ZE à hydrogène.

Signe d’une évolution technologique majeure, le bipède autonome développé par la start-up californienne Agility Robotics fait sensation. Cet humanoïde a pour mission de se déplacer, monter les escaliers et livrer des colis… Au CES de Las Vegas, nous sommes presque dans la science fiction.

Les véhicules autonomes présentés au CES 2020 ne se limitent pas au dernier kilomètre. La société américaine PACCAR a présenté 3 modèles de véhicules poids lourds électriques, dont le Kenworth T680, véhicule autonome de niveau 4. Sur les 6 niveaux d’autonomie de véhicules, le niveau 4 correspond à un fonctionnement sans conducteur dans certaines situations bien définies, comme le stationnement.

La start-up Plus.ai a également présenté des modèles de poids lourds dotés de technologies de véhicules autonomes.

Fedex a présenté en conférence son étonnant robot Roxo, qui monte les marches d’escalier pour effectuer ses livraisons.

Comme chaque année, le secteur des drones présentait de multiples innovations.

Une innovation intéressante est la boite à colis alimentée en drone, la Dronedeck. La boite à colis qui se place à l’extérieur d’un logement dispose d’une zone d’atterrissage de drones. La case s’ouvre lorsque le drone arrive. Le drone dépose le colis et la case se referme.

Les boîtes à colis connectées commencent à se développer. Les vols de colis lors de livraisons a incité la société canadienne Danby à concevoir une boîte à colis connectée totalement sécurisée, avec caméra et un espace de dépose anti-effraction. Cette boîte à colis est déjà commercialisée au Royaume-Uni.

Ces innovations en grand nombre montrent l’intérêt des start-ups pour apporter des solutions nouvelles afin de transformer la livraison du dernier kilomètre et la rendre plus propre, mais aussi plus rapide.

Pour ce premier article de l’année 2020, Logicités vous souhaite une très belle année logistique urbaine !

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Le dernier kilomètre : un livre et un film au programme !

Le dernier kilomètre est à l’honneur ce mois-ci dans un magnifique livre sur l’histoire de l’empire Felix Potin. « Qui a tué Felix Potin ? », livre écrit par Mathieu Mercuriali et Giulio Zucchini (éditions de l’Epure), nous apprend que ce génie du commerce avait aussi tout misé sur la vente à distance et la livraison à domicile.

Petit livre résultat d’une très complète recherche bibliographique, ce livre nous explique qu’en 1887, la vente à distance (sur catalogue) représentait 70% du chiffre d’affaires de l’entreprise et 15 à 20 000 envois par jour. Nombre d’e-marchands rêveraient d’un tel volume d’affaires quotidien, notamment dans l’alimentaire !

Felix Potin livrait toute la France au départ d’un réseau de concessionnaires. Il avait sa propre flotte de véhicules de livraisons, mais aussi des triporteurs pour les livraisons parisiennes.

Basé sur une intégration verticale, allant de la production à la livraison, le modèle Felix Potin se rapproche, selon les auteurs de ce livre, de l’ambition d’Amazon.

Felix Potin apporte, comme de nombreux entrepreneurs du 19ème siècle, un modèle social autour du commerce et de la livraison.

Comme de nombreux e-marchands, avec une pratique pourtant tant décriée de nos jours, Felix Potin appliquait le même prix pour les produits achetés en magasins et ceux livrés à domicile. La livraison « gratuite » existait ainsi déjà au 19ème siècle.

Felix Potin a eu son heure de gloire en transformant le commerce, comme Amazon le fait aujourd’hui.

magasin Felix Potin en 1870

L’empire Felix Potin n’a toutefois pas survécu à d’autres formes de commerces et notamment aux supermarchés ! Le commerce est en continuelle transformation avec des cycles liés aux innovations et aux transformations.

Ken Loach aurait-il pu faire un film sur l’histoire de cet entrepreneur hors du commun ? Le travail des livreurs de Felix Potin n’était certainement pas facile mais reconnu.

Le dernier film de Ken Loach « Sorry we missed you », est édifiant sur le plan des pratiques de la sous-traitance du dernier kilomètre au Royaume-Uni. A-t-il forcé le trait sur les cadences infernales, les relations insupportables entre entreprise de transport et sous-traitant uberisé, la flexibilité nécessaire dans le dernier kilomètre ?

Quoi qu’il en soit, nous percevons l’impact social de la livraison rapide, la difficulté du paiement à la tâche et un certain retour à un 19ème siècle, mais pas celui de Felix Potin, plus social et plus respectueux des hommes.

Ce film de Ken Loach nous alerte sur les pratiques de consommation sur internet et leur impact sur la société. Exiger une livraison rapide impose alors une pression sur le livreur, sans arrêt tracé par les applications smartphone et le GPS. Il nous alerte aussi sur la responsabilité des groupes de transport vis-à-vis de leurs sous-traitants. Peuvent-ils tout exiger d’eux ? Quelles sont les limites ? Dégrader le modèle social est-il la solution à une exigence accrue de qualité et de service ?

Un film à voir absolument et sans délai !

Cyclologistique : où en sommes-nous ?

Nous définissons la cyclologistique comme l’utilisation professionnelle de cycles avec ou sans assistance électrique, avec ou sans remorque, pour la livraison urbaine. S’intègre donc dans la cyclologistique la livraison en triporteurs, en vélos avec remorques, en biporteur ou cargocycle. La livraison des repas, de façon uberisée, avec des vélos non professionnels ne s’apparente pas, dans notre définition à la cyclologistique. Elle correspond à un autre modèle, essentiellement de déplacement lowcost.

La cyclologistique a une histoire. Il y a 150 ans, en 1869, Aimé Olivier, maire de Marennes, décide de doter pour la première fois dans l’histoire le bureau de Poste de la Ville de 2 vélocipèdes. La cyclologistique est née.

Cyclologistique implique maintenant une formation, un respect des règles de sécurité, et un matériel professionnel de transport de marchandises.

Ces équipements apportent de nombreux avantages en termes de livraison de proximité et sont plébiscités par les élus, qui souhaitent pour nombre d’entre eux les voir en plus grand nombre dans leur ville, en remplacement de véhicules diesel.

Ils peuvent aussi, pour nombre d’artisans, remplacer le véhicule utilitaire, souvent très mal optimisé et difficile à stationner.

Mais où en sommes-nous par rapport aux autres pays dans le développement de ces moyens de livraison ?

Le pays le plus en avancé au monde est vraisemblablement le Japon. La première entreprise de transport de colis, Yamato, n’utilise pas moins de 5200 vélocargos, à partir d’espaces logistiques de proximité situés dans tout le pays. D’autres entreprises, comme Japan Post, ont également fait le choix de ces moyens de livraison dans de nombreuses villes.

Logicités a d’ailleurs publié un livre sur la logistique urbaine au Japon, très en avance par rapport à d’autres pays.

En Europe, les pays nordiques, et notamment le Danemark, mais aussi l’Allemagne et les Pays-Bas font probablement figure de pays dans lesquels la cyclologistique est très présente. A Amsterdam, plusieurs entreprises disposent d’espaces logistiques de proximité permettant d’effectuer la livraison de quartier en vélocargo. En Allemagne, les microhubs mobiles (des remorques servant d’entrepôt local) ou sous la forme d’espaces de proximité, sont déjà répandus dans les principales villes.

La Grande-Bretagne, qui était très en retard dans ce domaine, est en train de le rattraper grâce à une politique très agressive de réalisation de pistes cyclables, notamment à Londres.

En Italie, dans de nombreuses villes, comme Padoue, la cyclologistique est développée pour la livraison de petits colis.

N’oublions pas la Bruxelles ou Montréal, villes dans lesquelles la cyclologistique commence à se développer avec des initiatives très innovantes. Citons notamment l’initiative mise en place par Proximus et L’Oréal à Bruxelles ou l’ELP mis en place à Montréal dans l’ancienne gare d’autobus.

Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive mais l’analyse des réalisations permet de tirer les conclusions suivantes :

  • Le développement de la cyclologistique nécessite la mise à disposition d’espaces de proximité. Ces espaces sont souvent des pieds d’immeubles ou des délaissés urbains. Il faut en effet réduire la distance entre le point de départ et le secteur de livraison afin de trouver un modèle économique.
  • Il est nécessaire de disposer d’un secteur assez dense en livraisons, avec si possible des colis de petite ou moyenne taille. Certains matériels permettent toutefois de transporter des palettes.
  • La productivité de la cyclologistique et par conséquent la pérennité des modèles tient essentiellement de la fluidité de l’espace public.

Voici ainsi quelques propositions afin que la cyclologistique, tant souhaitée par les élus, mais aussi les habitants, puisse se développer :

  • Réduire la place de la voiture individuelle. La cyclologistique se développe dans les villes qui ont eu le courage de réduire de façon importante l’espace, tant en circulation qu’en stationnement, dédié à la voiture individuelle.
  • Supprimer les obstacles physiques, qui entravent fortement la productivité et la sécurité des livreurs : bordures, plots et autres obstacles physiques sont contraires à un développement facile de la cyclologistique. Cela conditionne notamment l’utilisation des pistes cyclables. En effet, il n’est pas possible, en cas d’entrave de la piste, de déplacer un vélocargo avec 300 kg de marchandises !
  • Permettre la privatisation de places de stationnement pour des entrepôts mobiles. Cette privatisation, éventuellement rémunérée, est indispensable pour le développement de ces modèles qui permettent de réduire le nombre de véhicules de livraison.
  • Aider les artisans à modifier leur modèle et, dans de nombreux cas, s’équiper de moyens de cyclologistique.
  • Améliorer l’état des chaussées pour réduire les coûts de maintenance, beaucoup trop élevés.