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Depuis plus d’un an, ce blog parle de l’évolution collaborative de la livraison du dernier kilomètre.

Ce n’est pas un hasard. En effet, l’économie collaborative concerne directement ou indirectement de nombreux aspects de notre vie quotidienne. L’usage partagé des moyens de transport jusqu’à présent individuels comme Velib ou Autolib en constitue un des aspects. Les modèles d’Airbnb, de Drivy ou de Blablacar en montrent d’autres aspects. Ebay, Le Bon Coin ou tous les sites de revente d’objets utilisés sont également caractéristiques de notre époque.

Sans être aussi structurés, ces modèles existaient déjà avant tous ces noms connus et bien avant internet. La location d’appartements de vacance ou le covoiturage ont toujours existé, comme les brocantes ou les locations de vélos.

Ce qui change dans l’économie collaborative, c’est l’utilisation d’une communauté dans une base de données numérique, c’est la mondialisation des informations et probablement la vitesse avec laquelle ces modèles se développent.

Une fois n’est pas coutume, ce blog vous conseille une excellente lecture sur les données, le tout nouveau livre de Louis-David Benyayer, éminent spécialiste de la logistique urbaine, et de Simon Chignard « Datanomics », aux Editions FYP. Les éditions FYP ont édité l’ouvrage de Jérôme Libeskind « La logistique urbaine – les nouveaux modes de consommation et de livraison ». Voici donc quelques idées de lecture sur la plage ou dans votre appartement Airbnb !

livre logistique urbaine

Mais cet été nous apporte d’autres bonnes surprises. La livraison collaborative, jusque-là méconnue en France (ce blog en parle cependant depuis un an), devient un sujet grand public. Le journal gratuit 20 minutes, qui vient de publier différents articles sur les tendances de l’économie collaborative, s’intéresse à ce modèle. La mise en perspective de ce modèle avec les autres modes de consommation et services collaboratifs, comme la mise à disposition d’espace dans sa cave (le costockage) est tout à fait intéressante.

20 minutes

Transporter une personne dans sa voiture, c’est assez simple et c’est le covoiturage. Transporter des colis, c’est autrement plus compliqué. Les colis sont de dimensions et poids multiples. Il faut accéder au destinataire, lui remettre sa commande, respecter un engagement.

Pourtant, ce modèle se développe à une vitesse considérable aux Etats-Unis, en Chine, mais aussi en Europe, de la Suède à la Russie, en passant par l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, la Finlande et aussi la France.

Comme le covoiturage, nous connaissons les modèles interurbains ou locaux. Il existe également de nombreux modèles intercontinentaux.

A titre d’exemple, je voyage à Nairobi. J’ai droit à 20 kg de bagages et n’en ai que 10. Je mets les 10kg à la disposition d’autres personnes pour acheminer un colis.

Sur le plan local, le modèle prendra progressivement sa place parmi les solutions de livraison du dernier kilomètre, en un temps réduit, le soir, le week-end par exemple.

Même si l’assimilation du modèle de livraison collaborative avec l’uberisation de l’économie peut être à l’origine de confusions, il n’en reste pas moins que la livraison collaborative constituera une des solutions les plus pertinentes de la logistique urbaine. En effet, mettre des colis dans des sacs à dos ou des Velib plutôt de que de les transporter dans des camions ne nécessite pas d’être spécialiste pour imaginer l’impact environnemental avec un investissement bien faible par rapport à d’autres solutions de logistique urbaine ! Si par ailleurs nous profitons de déplacements existants, on optimise l’intégralité de la chaîne. Nul doute que la livraison collaborative constituera donc un des principaux gisements de développement de la logistique urbaine et pourra modifier la façon de livrer des colis ou des marchandises dans les villes.

Un des meilleurs exemples est celui de Drivoo, qui est intervenu en mars 2015 sur la table ronde organisée par Jérôme Libeskind sur la SITL.

La logistique collaborative est créatrice de valeur, d’abord environnementale.

L’actualité nous apprend qu’il est possible de dissoudre une application mobile… La réussite d’Uber n’est pas son modèle social, mais son application mobile mondiale, qui permet d’apporter un service jusque-là inconnu. En interdisant Uberpop, on interdit une application mobile. C’est sans aucun doute une première.

La vraie question n’est plus de savoir si Uberpop sera véritablement interdit ou si le feuilleton judiciaire finira par donner raison à Uber. La seule question intéressante est de savoir ce que va inventer Uber, qui ne manque pas d’idées et d’initiatives nouvelles à travers le monde.

Une des solutions à la mobilité en ville sera donc peut-être plus Uberpool (pour simplifier le taxi collectif) qu’Uberpop. Mettre plusieurs personnes dans le même véhicule permet de réduire les coûts, mais aussi les externalités négatives dans les villes.

L’absence de consensus sur le sujet des taxis n’a qu’un seul responsable, l’Etat, qui a laissé depuis des années se dégrader une situation et a accepté la spéculation sur les fameuses « plaques » dont le prix a augmenté proportionnellement à la pénurie de taxis dans les villes.

Cette situation a constitué un terreau pour le développement de services tels qu’Uberpop.

Uberpop n’existe pas à Londres car le service des taxis est performant et assure sa mission dans la politique de déplacements de la ville. Dans d’autres villes comme New York, les taxis ont décidé de se battre sur un autre terrain, celui de la technologie.

Le succès du covoiturage montre que l’économie collaborative peut trouver un équilibre et un apport collectif en participant à la politique de déplacements.

La mobilité des personnes, au travers du partage des moyens de locomotion prend progressivement une place dans notre vie quotidienne. Velib, Autolib, mais aussi Blablacar ou Drivy sont les meilleurs symboles de ces nouveaux modèles, qui ont pour point commun le partage.

Partager, c’est mieux utiliser, réduire les coûts, mais c’est aussi moins polluer lorsqu’on le fait de façon intelligente.

La mobilité des marchandises n’échappera pas au mouvement de notre société vers l’économie collaborative.

crowdsourced delivery

Elle répond à des problématiques différentes. Elle est tout d’abord montrée du doigt par tous les acteurs publics comme une des principales sources d’externalités négatives dans les villes, le CO2, mais surtout les émissions de particules fines et l’encombrement de la voirie. Elle répond à des exigences de délai, de traçabilité, de coût, de service, toujours plus contraignantes.

Lors des derniers jours, deux nouvelles significatives marquent clairement une évolution vers ce mode de livraison urbaine.

Tout d’abord, Amazon a annoncé l’étude de livraison de colis à bas coûts à partir de communautés de particuliers. Toujours précurseur dans la mise en œuvre de solutions innovantes, Amazon souhaite montrer qu’il est possible de faire mieux et moins cher que des réseaux de transport traditionnels.  La problématique d’Amazon est financière mais elle est également de faire bouger les lignes de la mobilité. En effet, la majorité des colis d’Amazon peuvent être livrés dans les centres villes par d’autres moyens que des camions, notamment les modes doux de distribution (à pied, en transports en commun, en vélo).

La seconde nouvelle est le développement rapide d’un des principaux acteurs américains de crowdsourced delivery, la start up Deliv, qui vient de racheter un de ses concurrents de Chicago, We Deliver. Deliv propose à des particuliers de livrer des courses à partir de centres commerciaux vers d’autres particuliers. We Deliver, implanté à Chicago, s’est orienté avec le même concept vers l’apport de services aux commerces de proximité.

L’Europe et la France ne restent pas absentes de cette évolution très rapide du transport du dernier kilomètre, qui deviendra bientôt une des composantes essentielles de la logistique urbaine.

La start-up Drivoo a démarré son activité dans le sud-ouest et propose un modèle de livraison collaborative basé sur une optimisation des parcours. Ses clients sont des commerces de proximité, des enseignes de la distribution. Le modèle de la livraison collaborative, lorsqu’il est bien construit, présente de nombreux avantages :

  • Réduction immédiate et importante des externalités négatives en mutualisant les trajets et en utilisant des modes doux en remplacement des camions (transports en commun, vélos, à pied…)
  • Développement des liens de quartier entre les commerces de proximité et les habitants
  • Développement d’une communauté collaborative
  • Réduction des délais de livraison

A l’approche de la COP21, nous voyons se développer rapidement de nouveaux modèles, dont le fondement n’est pas une dégradation sociale, mais une organisation différente des transports, afin de mettre en avant la réduction sensible des externalités négatives dans les villes.

Mon livre : La logistique urbaine – les nouveaux modes de consommation et de livraison- Editions FYP

La réunion qui s’est tenue le 13 mai à la CCIP dans le cadre des rencontres du club Entreprises La Tribune avait pour invité Jean-Louis Missika, adjoint à la Maire de Paris en charge de l’urbanisme, de l’architecture, du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité.

Ce débat, animé par Jean-Pierre Gonguet, avait comme sujet central La Ville Intelligente, grande ambition de Paris, pilotée par Jean-Louis Missika.

Est-ce un effet de mode ou une véritable évolution des prises de conscience, la logistique urbaine s’est trouvée au cœur du débat.

Jean-Louis Missika a défendu l’accès à l’e-commerce des commerces de proximité, mais aussi les nouvelles formes de commerce, comme les magasins éphémères (les fameux pop-up stores).

Il a annoncé une réflexion en cours sur le concept de « réinventer la Seine avec Rouen et Le Havre » et a indiqué que des annonces seraient prochainement faites sur ce sujet, qui concerne directement l’utilisation de la Seine pour la desserte de Paris.

Bonne nouvelle, Uber n’est plus l’ennemi n°1. Jean-Louis Missika a même regretté qu’une « grande compagnie de taxi », sans la nommer, n’ait pas saisi à temps l’opportunité de devancer Uber et de créer un modèle d’Uber français. Il a clairement indiqué que le rôle des pouvoirs publics  n’est pas d’empêcher l’uberisation de la société, qui est inévitable, notamment sur la distribution du dernier kilomètre, mais de fixer les règles du jeu et d’éviter les distorsions de concurrence.

Uber se lancera dans la logistique urbaine. C’est là chose acquise. Reste à savoir quand et dans quelles conditions.

Mais Jean-Louis Missika a également parlé de tous les efforts de la Ville pour développer des bonnes pratiques de logistique urbaine, la charte, les commissions de travail, le travail sur le PLU.

Il a rappelé que 3 ou 4 livraisons sur 10 concernent des livraisons à domicile et que le rôle de la Ville est notamment de rechercher, avec la RATP et la Poste, des emplacements pour des consignes, meilleure solution de gestion du dernier kilomètre BtoC.

Enfin, il a rappelé que le principal enjeu de la Logistique Urbaine est de ne plus « amboliser » la Ville.

Au travers de ce discours résolument logisticien, chose étonnante pour un élu, qui plus est sociologue, en charge de l’urbanisme, nous découvrons des points communs avec le livre que je viens de publier « La logistique urbaine – les nouveaux modes de consommation et de livraison » Editions Fyp.

livre logistique urbaine

La Logistique Urbaine ne peut plus être déconnectée de l’e-commerce. Elle doit impérativement prendre en compte l’évolution de la consommation et notamment « l’uberisation » de la société, le delivery crowdsourcing.

Le fait que les responsables politiques au plus haut niveau défendent cette idée numérique et collaborative de la logistique urbaine constitue une vraie nouveauté et interpelle.

L’objectif est bien sûr de réduire les externalités négatives dues au transport, mais il est aussi de transformer la ville, la rendre plus attractive, plus numérique, plus intelligente. Cette vision particulièrement moderne de la logistique urbaine montre la connaissance approfondie de ce sujet qui est celle de Jean-Louis Missika.

Merci pour ce discours d’optimisme, qui manque tant lorsqu’on parle d’écologie !