Les soldes ont-ils encore du sens ?

Comme tous les ans, les soldes d’hiver ont débuté, avec un calendrier et des règles précises. La durée des soldes a été étendue, depuis 2015, à 6 semaines, comme les soldes d’été.

Ainsi, 3 mois par an, le commerce bénéficie de facilités afin d’écouler ses stocks. Dans le passé, les soldes constituaient le seul moyen d’écouler les invendus, avec des marges plus faibles et même parfois, en toute légalité, à perte.

Mais depuis quelques années, tout a changé.

Peu de consommateurs attendent les soldes pour faire de bonnes affaires, alors qu’internet leur permet d’en faire toute l’année ! Certes, le mot soldes est remplacé par prix remisé, vente privée, vente flash, ou tout autre terme qui, pour le consommateur final, a la même signification de bonne occasion d’acheter un produit en dessous de son prix facial. Le consommateur n’est également pas dupe. Les commerçants ne vendent pas à perte, même pendant les soldes !

Mais d’où viennent les soldes ? Les soldes ont plus de 150 ans ! En effet, dès 1830, Simon Manoury, fondateur du Petit-Saint-Thomas (qui deviendra le Bon Marché), a eu l’idée d’écouler les stocks de la saison précédente, à prix réduit, afin de faire place à la nouvelle collection. il s’agissait des reste d’étoffes, de coupons, dont le mot en argot était « solde ».

                            

Les soldes ont été réglementés dès 1906 … et le sont toujours. Ainsi, la DGCCRF mentionne que ce sont des ventes accompagnées ou précédées de publicité, concourant à l’écoulement accéléré des marchandises en stock, comportant une annonce de réduction du prix et concernant des produits présentés depuis plus d’un mois. La réglementation a évolué en 2008 avec l’apparition des soldes flottants, laissant plus de souplesse au commerçant. Ces soldes flottants ont été supprimés il y a peu, en 2014, et remplacés par un allongement des durées des soldes.

Autant dire que ces notions, dans lesquelles le législateur se perd,  n’ont plus vraiment de sens alors même que le premier moyen, pour nombre de commerçants, d’écouler les stocks est devenu internet. Les sites de vente privée, généralistes ou spécialisés, jouent ce rôle, comme les places de marché multiples et les différents canaux à la disposition du commerçant sur les sites web. Et pas uniquement 3 mois par an !

Internet est d’ailleurs devenu le moyen le plus facile d’écouler les anciennes collections. Plus encore, Internet a internationalisé le commerce. Que signifie une période de soldes appliqué au commerce physique alors qu’un site e-commerce dispose de toutes les facilités afin de proposer les conditions commerciales qu’il souhaite, tout au long de l’année et au départ de tous les pays du globe ?

Cette réglementation sur les soldes semble donc totalement désuète dans une économie numérique, dans laquelle le commerce est un maillon d’une chaîne cross-canal plus large.

L’interdiction de la vente à perte, qui ne concerne que les produits et pas les services, sauf pendant cette même période des « soldes », est déjà fortement perturbée par la notion de « livraison gratuite », largement appliquée par nombre de grands e-marchands, alors même que la livraison constitue un des principaux postes de charge de l’e-commerçant.

Peut-être est-ce là un autre côté dépassé de notre législation. Pourquoi interdire aux commerces physiques la vente à perte alors qu’elle est autorisée sur internet par le biais des coûts de livraison offerts ?

Le consommateur est alors comme le (petit) Saint-Thomas, il ne croit que ce qu’il voit ! et à notre époque, c’est sur la toile qu’il regarde !

Bons soldes d’hiver et bonnes ventes privées !

 

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