Amazon Prime Now : les 4 erreurs et les 4 propositions

Le service Amazon Prime Now, au départ d’un entrepôt de 3500 m² boulevard Ney vient tout juste de débuter et devient déjà un sujet politique.

Le concept de supermarché online avec 18 000 références n’est pas en lui-même nouveau. Il constitue le modèle d’Ooshop, Auchandirect, Houra et maintenant de Monoprix, qui vient tout juste d’ouvrir un entrepôt dédié à cette activité. Nous savons qu’il est complexe, à la fois du fait de la typologie des clients (souvent en étage sans ascenseur) et des produits (souvent des produits lourds). Amazon Prime Now se différencie en n’ayant qu’une partie restreinte de l’assortiment en alimentaire.

Le prix proposé pour la livraison (gratuit pour une livraison en 2 heures et 5,90 € pour la livraison en une heure) est très inférieur au coût réel de la prestation de transport, mais il s’agit là du choix de modèle économique d’Amazon, au moins à son démarrage.

La nouveauté qu’apporte Amazon est le délai : 1 ou 2 heures, dans une grande partie de Paris et 21 communes de périphérie. Amazon, en créant le service de livraison de produits alimentaires en une heure, défie une fois de plus tous les critères logistiques auxquels nous sommes habitués.

Les internautes témoignent de la qualité des produits et du respect des engagements. La performance logistique d’Amazon n’est pas en cause. Bien au contraire, elle incitera les distributeurs installés à adapter leur offre, ce qui ne saurait tarder.

Mais Amazon a toutefois oublié plusieurs critères afin de rendre son offre très innovante mieux acceptée dans le contexte environnemental actuel de Paris.

  • Paris a engagé une politique ambitieuse de logistique urbaine, qui vise à réduire les externalités négatives dans la ville, dues au transport de marchandise. Le modèle mis en place par Amazon Prime Now semble aller à l’encontre de la politique de la ville en générant en grand nombre des flux nouveaux, atomisés du fait de l’urgence de la livraison, ceci dans toute la capitale et sa périphérie, au départ du 18ème Qui plus est, il est fort probable que la majorité des livraisons seront effectués en stationnant le véhicule en double file, en dehors des places de livraison. Multiplier les flux capillaires constitue un problème alors que toutes les actions menées par la Ville dans ce domaine visent à permettre la consolidation des flux.

 

  • Les véhicules utilisés ne semblent pas, pour le moment,  être des véhicules propres, sauf si les informations qui ont été diffusées sont pour le moment incomplètes. D’après les premières annonces, il s’agit de véhicules fonctionnant au diesel ou de scooters non-électriques. Il est d’ailleurs fort probable que la livraison à scooter soit dominante du fait la distance à parcourir et de l’engagement de délai. Là encore, le modèle ne correspond pas aux objectifs de la Ville de Paris de sortie du diesel en 2020 et de développement de la mobilité douce.

 

  • Paris est une ville qui a toujours su préserver ses commerces de proximité. Contrairement au modèle Amazon Fresh aux Etats-Unis, Amazon Prime Now ne semble pas s’appuyer sur les commerces de proximité mais les concurrence. Amazon est face à une opportunité exceptionnelle d’aider les commerces de proximité à exister sur internet. Il s’agit d’ailleurs du premier sujet sur lequel la Mairie de Paris a réagi.

 

  • Les premiers témoignages de commandes tests font état d’une surconsommation d’emballages, qui certes, protègent les produits, mais ne donnent pas une image favorable au service sur le plan de l’environnement. Amazon devrait peut-être étudier un modèle d’emballages réutilisables, à l’instar les bacs plastique utilisé dans les livraisons à domicile.

 

Amazon est face à une opportunité exceptionnelle, celle d’apporter un service nouveau, attendu par les internautes. Mais il est aussi face à un challenge qui est peut-être nouveau pour Amazon, respecter les règles environnementales en place sur le territoire parisien.

Voici les 4 propositions qui permettraient à Amazon d’apporter le service attendu mais de rendre également ce modèle en cohérence avec les objectifs de la Ville et le souhait des habitants, qui sont également ses clients.

  • Amazon signe la charte de logistique urbaine de la Ville de Paris et met en place un mode de fonctionnement et des plans d’action en lien avec les objectifs de cette charte. Ils sont fondés sur la consolidation des flux, les livraisons en points consolidés hors domicile (et pas nécessairement la livraison à domicile), l’utilisation de véhicules respectueux de l’environnement (électriques, GNV notamment), la réduction des flux de véhicule dans l’agglomération.
  • Amazon met en œuvre une politique de mesure des impacts environnementaux de son service de livraison à domicile (Co2, émissions de particules fines / Nox, embouteillage, bruit, accidentologie) liés à ce nouveau service et des objectifs de progrès.
  • Amazon appuie son offre, au moins partiellement, sur les commerces de proximité qui constituent des éléments de l’attractivité de la ville.
  • Amazon met en œuvre un plan d’action visant à réduire les emballages et tendre vers une solution de bacs ou contenants réutilisables.

Amazon a toujours été un pionnier et un laboratoire d’initiatives, sur le plan du commerce et du service. Son acceptabilité à Paris pour le service Amazon Prime Now passera nécessairement pas un volet environnemental et sociétal.

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