COP 21 : la logistique urbaine s’expose

L’événement de la COP 21 ne se situe pas encore au Bourget. Il est dès aujourd’hui et jusqu’au 13 décembre à la Villette. Dans le cadre du Paris de l’avenir, un parcours d’innovations autour de la mobilité et de la logistique est organisé en plein air.

Bravant le froid et les embouteillages parisiens, le démonstrateur de tramfret nous est arrivé, presque sur ses rails, de Saint-Etienne. Présenté par Efficacity et Joël Danard, ce tramway vaut à lui seul la visite pour tous les passionnés de logistique urbaine.

Il s’agit là d’une ancienne rame de type PCC des années 1960, qui pourra dès son remplacement prochain, être transformée afin de servir de support à une opération de logistique urbaine. La ville de Saint-Etienne se prête bien à une telle initiative, disposant d’un réseau qui dessert facilement tant les zones périphériques que le centre-ville.

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La voiture présentée actuellement pourra alors être transformée en retirant les aménagements intérieurs afin de libérer l’espace et en créant de larges ouvertures afin de pouvoir charger des marchandises. L’étape suivante pourra alors être de conteneuriser la marchandise afin d’éviter les manutentions.

Le tramfret, peut constituer, dans des villes disposant d’un réseau interconnecté et dense, une alternative pertinente à la route, sur des rames dédiées intercalées entre les rames voyageurs ou la nuit, lorsque les trafics de passagers sont arrêtés ou espacés.

Si le tramway a souvent été utilisé pour les marchandises dans le passé, peu d’expériences ont été mises en œuvre en Europe. Les deux expériences les plus emblématiques sont celles de Zürich et de Dresde. Le Cargo-Tram de Zürich utilise aussi, de façon très pragmatique, une ancienne rame afin de tracter une déchetterie (encombrants et DEEE). Le Cargotram de Dresde permet de relier un entrepôt de pièces automobile à une usine de montage, avec des flux réguliers.

La présentation du projet de  tramfret de Saint-Etienne interpelle. En effet, si sa mise en œuvre opérationnelle n’est pas encore effective, la présence d’un matériel réutilisable constitue une première étape. L’exposition va plus loin en équipant d’adhésif le tramfret et simulant les marchandises. Des rolls et colis sont également positionnés à l’intérieur, pour montrer que ce sera bientôt une réalité.

Il ne restera donc plus qu’à organiser une chaîne logistique complète afin d’utiliser le futur tramfret et permettre une réduction significative du nombre de camions dans l’agglomération.

Cette exposition nous révèle quelques autres surprises.

Tout d’abord, le camion Maxity électrique de Renault Trucks, avec pile à combustible, testé en environnement réel par La Poste dans le Jura, est présenté. Ce camion est rechargeable à l’hydrogène, en quelques minutes seulement. La pile à combustible permet à ce véhicule expérimental de doubler l’autonomie, de 100 à 200 km. Ce projet a fait l’objet d’un large exposé lors du récent colloque sur la logistique urbaine à l’Ecole Centrale de Lyon, organisé par l’ASLOG. Sa présentation à Paris est en soi un évènement.

Le même stand nous expose un véhicule Kangoo à hydrogène.

Véhicule Maxity électrique à pile à combustible

Véhicule Maxity électrique à pile à combustible

Un stand DHL nous montre le véhicule de livraison électrique HELEM. Le Colibus, développé par cette société et construit en France, permet de répondre aux besoins des livraisons urbaines de proximité, pour des petits colis.

Véhicule Colibus Helem

Véhicule Colibus Helem

La liquidation récente, faute de repreneur, de la société Muses, constructeur du véhicule Mooville, montre que le modèle économique et l’absence d’intérêt pour ce type de véhicule par les grands constructeurs doit nous interpeler sur la nécessité des pouvoirs publics d’investir plus dans la transition énergétique et d’accélérer la mise en œuvre des réglementations nécessaires.

Les pionniers que sont les innovateurs de matériels et de solutions de logistique urbaine sont mis en évidence lors des opérations de communication comme celle de la COP 21 mais se heurtent à l’absence d’aides et de contraintes réelles dans la plupart des villes.

Enfin, le Paris de l’avenir nous montre une maquette du navire fluvial écologique « Deliriver », imaginé par Segula technologies et la Communauté d’Agglomération de Mantes en Yvelines (Camy).

La bonne nouvelle de cette exposition est que la logistique a enfin une présence affirmée au sein de l’ensemble des solutions de mobilité dans les villes.

Supply Chain Event : la conférence sur le crowdshipping, une très belle réussite.

La table-ronde du 18 novembre sur le crowdshipping, lors de Supply Chain Event, était animée par Jérôme Libeskind, expert en logistique et urbaine et e-commerce, auteur du livre « La logistique urbaine, les nouveaux modes de consommation et de livraison – Editions FYP ».

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Elle rassemblait 3 créateurs de start-ups de crowdshipping : David Vuylsteke, fondateur de PiggyBee, Jean-Baptiste Maillant, co-fondateur de Wing et Mohamed Mebarek, co-fondateur de Drivoo.

3 modèles très différents montrant la grande diversité des solutions de livraison collaborative.

PiggyBee est orienté vers l’international et notamment l’aérien. Mettre en relation un voyageur et une personne physique, habitant dans un pays lointain, demandeur de l’acheminement d’un produit permet de réduire les coûts, de profiter de capacités existantes et surtout de créer un lien social autour d’un service. Ainsi, un voyageur de Paris à New-York, qui dispose de place dans sa valise est mis en relation avec une personne sur place souhaitant l’acheminement d’un produit ou d’un colis. Le service est souvent rendu gratuitement.

Wing est sur un tout autre modèle, le premier kilomètre. La cible est constituée des très nombreux petits et moyens e-marchands, dont le métier n’est pas nécessairement d’emballer et d’expédier des colis. Wing se charge ainsi de collecter les produits, de les emballer et de les expédier au meilleur prix. Dans certains secteurs éloignés, Wing n’hésite pas à faire appel à des particuliers pour l’emballage et la collecte. Wing s’intéresse aussi au C to C en faisant appel à des « Héros », particuliers chargés de ces opérations de collecte.

Drivoo se positionne sur le dernier kilomètre. Il s’agit là de profiter de parcours existants, en voiture, mais le plus souvent en vélo ou à pied, pour effectuer des livraisons, au départ de commerces de proximité, de supermarchés ou de centres commerciaux. En quelque sorte, il s’agit de réduire les flux de véhicules de livraisons en optimisant les parcours et en utilisant les mobilités douces. A l’aube de la COP 21, Drivoo apporte une solution totalement pertinente sur le plan environnemental, avec des résultats immédiats. Ses « drivers » sont rémunérés en bons d’achat et profitent ainsi pleinement d’un service rendu.

D’autres modèles de crowdshipping étaient présents dans la salle, notamment celui de DacOpack, dont l’objectif est de mettre sur le marché les capacités vides des véhicules notamment privés. Il s’agit donc de covoiturage de colis interurbain. Une bonne solution pour acheminer à moindre coût son matériel de ski à sa station de sport d’hiver ou le four à micro-onde qui a été vendu sur Ebay.

Cette conférence montrait à la fois la diversité des modèles, les avantages environnementaux multiples et la croissance exponentielle du monde de la livraison collaborative, qui apportera aux transporteurs professionnels un complément et une réponse économique.

Le crowdshipping fait partie intégrante de la Supply Chain. Il se positionne en complément et pas nécessairement en concurrence frontale avec l’économie traditionnelle du transport. Il apporte des solutions sociales, mais aussi d’énormes avantages environnementaux. Il permet de réduire les coûts en transport en élargissant le service.

Le monde du crowdshipping comprend de très nombreux autres modèles, allant du point relais collaboratif, la mise à disposition d’espace de stockage, la livraison de repas ou peut-être demain la livraison à 2 avec services.

La Poste ne s’y trompe pas, en ayant récemment investi plusieurs millions € dans un modèle collaboratif, avant l’arrivée probable d’Uber sur ce créneau. Ce blog parle du crowdshipping, delivery crowdsourcing ou livraison collaborative depuis longtemps. Il est fort à parier que cet ensemble de solutions fera encore l’objet de nombreuses conférences et articles.

Les mots justes

En ces heures dramatiques, ce blog souhaite apporter un message d’espoir et de soutien à ceux qui sont blessés dans leur chair. Que les nombreux messages sur les réseaux et les blogs puissent aider les victimes à comprendre qu’ils ne sont pas seuls.

Avant de revenir sur le cœur de l’activité logistique, ce blog va essayer de se poser sur quelques mots.

Tout d’abord, actualité oblige, le mot  « attentat ». Ce mot a fait l’objet d’une abondante littérature, notamment le travail de Gilles Malandain, publié dans les Cahiers de l’Institut d’histoire de la révolution française. http://lrf.revues.org/368

Nous y apprenons notamment que le mot est déjà utilisé depuis 1326 dans le sens de tentative criminelle ou d’action pouvant porter préjudice à quelqu’un. Au 17ème siècle, le mot est étroitement associé au crime contre l’Etat. Nous nous rendons compte que ce rapprochement est toujours d’actualité. Un attentat a bien pour objectif non seulement de blesser ou tuer des personnes, mais aussi d’atteindre directement l’Etat. Dans le cas présent, le terme attentat est beaucoup plus approprié que le mot  anglo-saxon « attacks », utilisé dans les medias,  qui a une connotation plus militaire et guerrière.

Mais le mot attentat a aussi une connotation intellectuelle, déjà mise en évidence au 17ème et 18ème siècle. Ce mot est d’ailleurs très largement utilisé dans le théâtre, du Cid à l’Ecole des Femmes et la littérature. Atteinte à l’autorité, violation de ce qui doit être respecté, le mot « attentat » prend progressivement un sens très large. Diderot nous parlait des « attentats du méchant contre l’honnête homme ». Ce que nous vivons actuellement n’est pas très éloigné du combat du bien contre le mal.

Cette notion très large du terme s’est ensuite restreinte à un sens juridique de « tentative », probablement de déstabilisation d’un Etat.

Lisons ou parcourons l’énorme travail de l’historien Gilles Malandain, qui nous convainc que le terme utilisé est bien celui qui correspond à la situation que nous connaissons depuis le vendredi 13 novembre.

Afin de contrer et de combattre « l’attentat », apparaît alors la « logistique ». Terme utilisé à tort pour tout ce qui concerne l’organisation d’un évènement ou acte composé de plusieurs étapes qui s’enchaînent, le mot logistique a aussi une histoire, d’ailleurs beaucoup plus ancienne que celle du mot « attentat ».

Logistique ou plus exactement Logistikos, était utilisé par Platon, et signifiait le « calcul pratique », opposé à l’arithmétique théorique. En français, le mot est utilisé depuis 1590 comme adjectif, dans le sens de « qui pense logiquement ». Wikipedia nous apprend aussi que la racine grecque de « Logistique », logisteuo, nous rapproche de la notion d’administrer. Nous nous situons donc bien dans le pratique et le logique, mais aussi l’administration des grands problèmes. La logistique doit guider nos gouvernants à trouver l’issue aux dramatiques attentats meurtriers récents.

Y a-t-il une pensée logique, donc logistique, dans l’action des terroristes qui ont tué sauvagement plus de 120 personnes vendredi ? Pour moi, il y a une logique mais nécessairement une pensée. Nous en sommes très loin. Nous nous situons même à l’opposé de la pensée, qui nécessite un fondement intellectuel.

Le terme Logistique a ensuite un sens militaire. Le « Major général des logis » du 19ème siècle était chargé de loger les troupes, de diriger les colonnes et de les placer sur le terrain. Il était donc un logisticien au sens actuel du terme.

Le terme de « guerre » aujourd’hui utilisé, prend totalement en compte tous les aspects logistiques.

Enfin, le mot « logicité », se situe dans la continuité exacte de la logistique. Il s’agit là de raisonner en termes de logique. Il n’est bien entendu pas choisi au hasard comme nom de ce site web mais n’avait pas été imaginé dans ce contexte dramatique.

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