Le magasin de demain ressemblera-t-il à celui d’aujourd’hui ?

Notre épicier de quartier a disparu, ceci depuis longtemps, sauf pour quelques exceptions. Notre commerce de proximité alimentaire résiste dans certaines villes, notamment à Paris, qui a toujours freiné le développement des grandes surfaces.

Mais ne soyons pas rétrogrades, le commerce de demain passera par la connectivité. Il sera un maillon d’une chaîne commerciale reliant le commerce physique, le magasin, et internet, soit sur ordinateur, tablette ou smartphone.

Le plus bel exemple de magasin connecté à Paris est le showroom de design et de mobilier Miliboo.com, 100 rue Réaumur ou sur le web bien sûr…milibootik

Quand on entre dans la Milibootik, on est dans un autre univers. Tout le contraire d’Ikea, qui fait pâle figure dès qu’on aborde la connectivité. Plus de noms suédois, mais des écrans…et de très beaux objets.DSC_0261

Les innombrables écrans de toutes dimensions dans le magasin mettent immédiatement dans l’ambiance. Ils permettent à tout moment de vérifier sur internet les caractéristiques techniques des meubles, les coloris, les prix…

Un espace permet de mettre en situation les meubles qui intéressent l’acheteur en les visualisant avec un casque 3D. La solution d’aménagement 3D dénommée HomeByMe, est développée avec les technologies de Dassault Systèmes. Elle permet, à partir des bornes prévues à cet effet, d’imaginer on projet et de construire son habitat.DSC_0252

Le magasin vous propose dès votre visite une carte de fidélité intelligente permettant dans le magasin ou sur internet de bénéficier des promotions et remises.

Et en présentation, Miliboo vous expose le canapé connecté. L’accoudoir dispose d’innombrables boutons tactiles, de prises USB et de chargeurs par inductions. En quelque sorte l’objet de rêve des consommateurs connectés…canape-connecte (2)

Mais allons au-delà du concept Miliboo.

La Milibootik est d’abord un showroom. Un magasin de meuble ne peut pas présenter tous les articles du fait des dimensions, des coloris, des personnalisations. Il en présente quelques-uns mais permet sur place de découvrir les autres, à partir d’écrans de grande dimension. En quelque sorte en taille réelle ou presque. Il permet également de créer des univers, donc de mettre à l’aise le consommateur et de l’aider à choisir.DSC_0254

Totalement crosscanal, l’achat se fait sur internet chez soi, dans le magasin… L’expérience d’achat est alors un mix des deux.

Miliboo.com nous apprend aussi qu’un magasin de meuble peut encore être en centre-ville. C’est là une excellente nouvelle. Les magasins de meubles et de décoration peuvent trouver un autre modèle que celui des zones commerciales périphériques, ou des avenues d’entrée d’agglomération, collection d’enseignes de canapé ou de literie.

Donc souhaitons longue vie au magasin connecté !

Le consommateur gagnera-t-il la bataille du dernier kilomètre ?

Les dernières évolutions concernant la livraison e-commerce montrent une prise en compte nouvelle du consommateur.

C’est là une bonne nouvelle. Il n’est plus le « grand oublié » du dernier kilomètre. Il a le droit de choisir et on ne lui impose plus de rester chez lui une journée afin de recevoir un colis, ou de passer son samedi matin à essayer de récupérer son achat.

Il a aujourd’hui de plus en plus le droit de choisir entre un délai, un rendez-vous ou un retrait lui-même de son achat.

Concernant le délai, nous apprenons avec plaisir que les deux start up françaises, Colisweb et Deliver.ee, viennent de réussir leur levée de fonds. Ces deux start ups sont positionnées sur un créneau de temps : livrer en moins de deux heures 10 métropoles françaises et demain un territoire encore plus large. Pour cela, le produit doit être dans un magasin de la ville, qui sert alors d’entrepôt pour l’occasion. La réussite de ce modèle tient sur l’application mobile, qui permet de géolocaliser une flotte de coursiers et de gérer au mieux cette flotte. Ainsi, ce mode de transport, le ship-from-store, révolutionne le métier du coursier, à l’instar d’Uber, qui modifie celui du taxi.

Le retrait du colis par le client est en train de changer. En effet, en complément des points relais traditionnels, qui datent des années 1980, apparaissent de nouveaux modèles tout à fait intéressants.

A titre d’exemple, Casino lance le développement de points relais express, notamment pour les produits encombrants. En effet, Casino constate que la majorité des internautes préfèrent retirer eux-mêmes leur produit électroménager et bénéficier d’un prix de livraison réduit ou gratuit. La livraison à deux personnes avec installation est un créneau en développement, mais qui ne correspond qu’à une part minoritaire de la demande.

Pickup service, filiale de Geopost (groupe La Poste) vient d’imaginer le point retrait de demain, génération suivante après le point relais commerce des années 1980. Le modèle de ce pickup store vient d’être ouvert à Ermont Eaubonne. Communément appelé, dans toutes les études de logistique urbaine, par le nom générique de « bureau de ville », ce pickup store a pour fonction principale, et non annexe comme les points relais, le retrait et la dépose des colis. En quelque sorte un bureau de poste, mais principalement destiné aux colis. Afin de rentabiliser ce concept, Pickup Service a imaginé compléter cette activité par des services de conciergerie ou de courrier. En quelque sorte un point multiservices donc le cœur est le colis.907234

Autre évolution, la consigne. Il est fort à parier que, dans les années qui viennent, la consigne remplacera partiellement ou majoritairement le point relai traditionnel, au moins dans les centres urbains et périurbains. En effet, la consigne mutualisée permet un accès 24 h 24 et évite l’attente et la recherche d’un point relais parfois éloigné. Elle permet d’expédier des colis et également de gérer le C to C, en très fort développement.

Le développement des consignes en France accuse un énorme retard par rapport à de nombreux autres pays européens, d’Europe du Nord, de l’Est ou plus proche de chez nous, par rapport à la Belgique, qui dispose de 118 points de consigne BPost. Les deux réseaux d’Abricolis et de Packcity vont probablement modifier le paysage et permettre un développement considérable de la livraison hors domicile.

La question est alors de savoir qui seront les opérateurs du dernier kilomètre dans les années qui viennent : les Postes nationales, Google express, Amazon, ou les transporteurs traditionnels ?

L’accélération récente de la guerre du dernier kilomètre entre Google express, qui dessert déjà 22 millions d’américains, et Amazon, laisse penser que les acteurs de demain ne seront pas nécessairement uniquement ceux que nous avons connus dans le passé.

Découvrir le client nécessite alors de changer de modèle. Soit les opérateurs traditionnels, postaux ou transporteurs privés sauront s’adapter à cette nouvelle donne, soit ils laisseront progressivement ce marché aux spécialistes de la relation client, les grands e-marchands

Le débat sur la loi de transition énergétique, c’est demain !

La loi sur la transition énergétique, qui est censée modifier très profondément notre rapport à l’énergie fait actuellement l’objet d’un examen à l’Assemblée et d’un débat qui débute demain.imagesCAQKK5O6

Promis depuis 2 ans ½, ce projet de loi s’attaque à des sujets très divers : la politique énergétique, la réduction des énergies fossiles, l’augmentation de la part des énergies renouvelables, la réduction de la part du nucléaire, l’isolation des bâtiments, l’économie circulaire et un volet transports.

Concernant les transports, il y a lieu de s’étonner d’un certain nombre de sujets. Les obligations imposées à l’Etat et aux collectivités locales d’équipement en véhicules électriques et hybrides ne s’appliquent pas à certains secteurs comme la police. Ceci est regrettable quand on sait que certaines villes comme Curitiba au Brésil utilisent comme levier de communication l’équipement de la police municipale en véhicules électriques !

Il est prévu l’investissement dans 7 millions de bornes de recharge de véhicules électriques, ceci sur tout le territoire. C’est évidemment considérable et permettra d’aider au développement de cette filière.

Pour le transport de marchandises, qui nous concerne, les bornes sont bien évidemment utiles, mais le principal sujet est l’offre compétitive de véhicules. Nous avons l’opportunité exceptionnelle de développer une offre française, à condition rattraper le temps perdu.

En effet, le vrai problème est le coût de ces véhicules mais aussi leur fiabilité technique.

Très adapté au périmètre urbain, qui nécessite des distances courtes correspondant souvent à l’autonomie des batteries, le véhicule électrique de livraison est confronté à plusieurs défis :

  • Une offre industrielle quasiment inexistante de la part des grands constructeurs français. Seuls certains constructeurs indépendants, comme Muses, apportent des solutions concrètes.
  • Une fiabilité technologique qui pose parfois problème avec des taux de pannes très élevés sur certains modèles
  • Un surcout qui n’est aujourd’hui pas compensé

Cette loi est une formidable opportunité de pousser les fabricants à développer une filière. Elle constitue également une chance pour les collectivités locales d’aider les pratiques vertueuses.

La solution la plus simple est d’autoriser les véhicules électriques de livraison à utiliser les voies de bus. Pourquoi les taxis, auxquels aucune règle de pratique vertueuse sur le plan de la pollution n’est imposée, sont-ils autorisés à utiliser ces voies alors que les « taxis de marchandises », les transporteurs, ne le seraient pas alors même qu’ils investissent dans des véhicules moins polluants ?

Si le surcout d’acquisition ou de location d’un véhicule de livraison électrique est compensé par une meilleure productivité, les professionnels évalueront l’intérêt.

Au-delà d’une loi, dont nous connaissons tous les limites (la loi Grenelle II était au moins aussi ambitieuse que celle-ci et a été bien vite oubliée), le véritable enjeu est local. Les villes ont l’opportunité de prendre des décisions qui incitent les professionnels à effectuer des choix d’investissement pertinents. Les transports de marchandises en ville comptent pour une part importante des externalités négatives induites et justifient ces choix au nom de la santé publique.